The Verona Stay

Piazza Erbe, Torre Lamberti et le ghetto : trois niveaux à comprendre

28 May 2026

Il y a des matins, à Vérone, où l'on s'arrête au centre de Piazza Erbe et l'on comprend qu'on observe la même chose depuis trois niveaux simultanément. Sous les pieds, le forum romain. En levant les yeux, 84 mètres de Torre dei Lamberti qui découpent le ciel. Et sur le côté, serrées entre via Mazzini et via Pellicciai, les maisons-tours de l'ancien ghetto juif qui s'élevaient verticalement faute de place horizontale. Trois niveaux. Une seule place.

Piazza Erbe : le niveau zéro de Vérone, mais jamais banal

Piazza Erbe est la place la plus ancienne de Vérone et s'étend exactement sur l'emplacement du forum romain. La forme en fuseau que l'on voit aujourd'hui reprend le tracé originel de l'agora latine : mêmes proportions, mêmes axes urbains. Au Moyen Âge, le marché a pris la place des thermes et des temples, et depuis lors il n'a jamais cessé. Encore aujourd'hui, sous les parasols blancs que les Véronais appellent toloneo, on vend épices, fruits et souvenirs — exactement comme il y a mille ans.

Au centre trône la fontaine de la Madonna Verona, érigée en 1368 par Cansignorio della Scala en réutilisant une vasque thermale romaine en marbre rouge véronais et le corps d'une statue antique à laquelle manquaient la tête et les bras. Cansignorio les fit ajouter, la couronna et en fit l'allégorie de la ville. Le cartouche qu'elle tient entre les mains porte encore l'ancienne devise communale : «est iusti latrix urbs haec et laudis amatrix» — cette ville est porteuse de justice et amoureuse de la louange. Ce n'est pas une Madone chrétienne : c'est Vérone elle-même, représentée comme une princesse médiévale au corps romain.

Un peu plus loin, la Berlina — un baldaquin de marbre du XIIIe siècle — n'est pas un lieu de supplice comme pourrait le laisser penser la chaîne pendante : les crochets servaient à mesurer les fagots de bois, tandis que sur la base sont sculptées les silhouettes de briques et de tuiles, les unités de mesure du marché véronais. La cité scaligère avait une obsession pour les justes mesures. Une obsession qui, vous le découvrirez, se poursuit en hauteur.

La Torre dei Lamberti : 84 mètres d'histoire à gravir ou à prendre en ascenseur

Depuis l'angle de la place, la Torre dei Lamberti ne se voit pas dans sa totalité : il faut s'éloigner pour en saisir le volume. Elle mesure 84 mètres, construite en 1172 par la famille Lamberti en tuf et brique cuite — une famille puissante dont, curieusement, on ne sait presque rien. Chassés de la ville, ses membres s'éteignirent sans laisser de trace écrite. La tour, elle, demeura. En 1295, les deux cloches historiques furent installées : la Marangona, qui marquait l'heure de fin de travail pour les artisans et sonnait en cas d'incendie, et le Rengo, qui convoquait le conseil municipal. Au XVe siècle, après qu'un éclair eut détruit le sommet en 1403, la tour fut élevée jusqu'aux 84 mètres actuels avec l'ajout de la cellule campanaire octogonale en marbre blanc.

Comment la visiter : l'entrée se trouve dans la cour du Mercato Vecchio, Via della Costa — elle est légèrement cachée et de nombreux touristes passent devant sans la voir. On peut choisir de monter à pied (368 marches le long de l'escalier hélicoïdal) ou prendre l'ascenseur en verre, qui conduit directement à la terrasse panoramique. Au sommet, la vue à 360° embrasse tout le centre de Vérone, les Torricelle et, par temps clair, les Préalpes. Comptez environ 30 à 45 minutes, ou 45 à 60 si vous montez à pied. Les cloches sonnent toutes les 30 minutes : éloignez-vous si vous êtes proches au moment où elles retentissent.

Horaires : lundi-vendredi 10:00-18:00, samedi-dimanche et jours fériés 11:00-19:00. Fermé le 25 décembre. Le billet combiné (tour + Galleria d'Arte Moderna Achille Forti) coûte 8 € en plein tarif. Avec la Verona Card, l'entrée est incluse. Pour les tarifs à jour, consultez le site officiel torredeilamberti.it.

Le ghetto juif : les maisons-tours qui s'élevaient vers le ciel faute d'espace

À deux pas de Piazza Erbe, entre via Mazzini, via Pellicciai et via Sella, se trouve ce qui reste de l'ancien ghetto juif de Vérone. La présence juive dans la ville remonte au moins au Xe siècle, mais c'est en 1604 que la communauté entra officiellement dans le ghetto, à la suite de la bulle du pape Paul IV qui en imposait la ségrégation. Le ghetto dura jusqu'en 1797, lorsque les troupes napoléoniennes abattirent les portails.

Ce qui frappe encore aujourd'hui, en se promenant dans ce quartier, ce sont les maisons-tours : des immeubles étroits et très hauts, atteignant sept ou huit étages. La raison en est simple : la communauté grandissait en nombre mais ne pouvait pas s'étendre horizontalement au-delà des limites du ghetto imposées par les autorités, si bien que la seule direction possible était vers le haut. Dans les années 1920, le quartier fut démoli pour des raisons hygiéniques, mais les maisons-tours à l'angle de Piazza Erbe et de via Mazzini furent conservées pour leur valeur historique. Elles sont encore là, lisibles si l'on sait quoi chercher.

La synagogue actuelle, dans une rue latérale de via Mazzini, fut inaugurée en 1864 et peut être visitée sur réservation en contactant la Comunità Ebraica di Verona. À l'intérieur, les décorations orientalisantes de la voûte et la paroi de l'aron sont d'une rare beauté. Une plaque rappelle le souvenir des 31 juifs véronais déportés pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour se repérer dans le quartier, il existe un audio-tour gratuit du ghetto téléchargeable via l'application Izi.Travel.

Peut-on tout visiter en une demi-journée ?

Oui. Piazza Erbe, la Torre dei Lamberti et le périmètre du ghetto juif se trouvent tous dans un rayon de 200 mètres. Une matinée — ou un après-midi baigné d'une lumière dorée — suffit pour lire ces trois niveaux sans se presser. Ajoutez la synagogue si vous avez réservé à l'avance.

Comment rejoindre Piazza Erbe depuis le centre de Vérone ?

Depuis Piazza Bra et l'Arena, Piazza Erbe est accessible à pied en environ 10 minutes en empruntant Via Mazzini, l'artère commerçante qui les relie directement. Inutile de prendre la voiture : la zone est en ZTL.

Vaut-il la peine de monter à la Torre dei Lamberti en hiver ?

Plus qu'en été : en hiver la visibilité sur les Préalpes est maximale, les files d'attente sont quasi inexistantes et la lumière de l'après-midi teinte les toits de Vérone en orange. La tour est ouverte tous les jours de l'année sauf le 25 décembre.

Si vous planifiez un séjour à Vérone pour explorer ces lieux sans intermédiaire, les appartements de The Verona Stay se trouvent au cœur du centre historique — à quelques minutes à pied de Piazza Erbe, de la Torre et des ruelles du ghetto. La façon la plus directe de faire de Vérone votre base d'exploration.

Disponibilité et réservations

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