The Verona Stay

Le retable de Mantegna à San Zeno : l'heure idéale pour le voir

20 June 2026

Tout le monde arrive à la Basilique de San Zeno le matin, liste de visites en main, et prend une photo depuis le fond de la nef. Puis on repart convaincu d'avoir vu le Retable de Mantegna. Raté. Le triptyque qu'Andrea Mantegna peignit entre 1457 et 1459 n'est pas une œuvre à contempler de loin, à la hâte, sous une mauvaise lumière : c'est un système optique conçu pour un moment précis de la journée, et ce moment, c'est l'après-midi.

Pourquoi la lumière latérale change tout : le secret de la fenêtre

C'est le détail qu'aucun guide touristique ne raconte. Mantegna n'a pas seulement peint le triptyque : il a conçu l'espace entier qui l'entoure. L'emplacement du retable fut soigneusement étudié par le peintre, qui indiqua la nécessité d'ouvrir une fenêtre à droite du chœur, afin de faire correspondre la source de lumière adoptée dans le tableau avec la lumière réelle de l'espace où l'œuvre serait placée.

Cela signifie que la fenêtre sur le côté droit du chœur existe parce que Mantegna l'a voulue là. Ce n'est pas un accident architectural : elle fait partie intégrante de l'œuvre. En été, entre 15h30 et 17h30, la lumière solaire entre en oblique par cette fenêtre et frappe les panneaux exactement comme le peintre l'avait calculé. Les plis des vêtements des saints émergent de l'ombre tels des bas-reliefs. Les anges musiciens cessent d'être des figures plates et acquièrent le volume de la terre cuite. La peinture est orientée vers une fusion de lumière et de couleur qui produit des effets illusionnistes, avec des virtuosités en perspective que l'artiste développa encore davantage lors de son long séjour mantouan, à partir de 1460.

Le matin, sous une lumière diffuse ou à contre-jour, cette magie disparaît. Le triptyque redevient plat, identique aux reproductions des manuels d'histoire de l'art.

Ce qu'il faut vraiment regarder devant le triptyque

Le Retable de San Zeno est une peinture à la tempera sur bois, avec un cadre de 480×450 cm, conservée dans son emplacement d'origine sur le maître-autel de la basilique de San Zeno à Vérone. Trois panneaux, onze figures entre saints et anges, une Madone trônant en leur centre. Mais les livres s'arrêtent là. Devant l'original, il faut regarder autre chose.

Commencez par le cadre : le somptueux cadre classique décoré est celui d'origine, dessiné par Mantegna lui-même et inspiré de la structure perdue de l'Autel du Saint de Donatello. C'est une pièce unique, qui a tout traversé — y compris les Français.

Observez ensuite les pieds et les drapés qui semblent se pencher vers vous. Certaines parties se projettent illusionnistement vers le spectateur — le manteau de Pierre à gauche et les pieds du Baptiste à droite — comme s'ils voulaient s'insérer dans l'espace réel. Avec la lumière latérale de l'après-midi, cet effet devient physiquement perceptible : la toge de Pierre projette une ombre ténue sur le cadre peint qui fait presque douter de ses propres yeux.

Regardez enfin la prédelle en bas : ce sont des copies sur toile. Avec les réquisitions napoléoniennes de 1797, le triptyque fut transporté à Paris ; lors de son retour à Vérone, en 1817, la prédelle manquait. Le panneau central avec la Crucifixion est conservé au Musée du Louvre, tandis que la Prière au jardin des Oliviers et la Résurrection se trouvent au Musée des Beaux-Arts de Tours. Les panneaux originaux sont dispersés entre Paris et la Loire. Le savoir change la façon dont on regarde cette bande en bas du tableau.

Conseils photo : où se placer et sous quelle lumière

La meilleure position n'est pas au centre de la nef. Décalez-vous de quelques mètres à droite de l'axe central, à hauteur des derniers bancs, et inclinez légèrement la tête. De là, le point de fuite perspectif de l'architecture peinte s'aligne avec la nef réelle de la basilique — l'effet de continuité spatiale que Mantegna avait calculé devient visible à l'œil nu.

Pour la photographie : horaire idéal entre 15h30 et 17h00 d'avril à septembre (l'été allonge les ombres de la bonne façon). N'utilisez le grand-angle qu'en vous rapprochant — l'œuvre mesure presque cinq mètres de largeur et perd en détail depuis la distance. Pas de flash : la tempera sur bois absorbe et réfléchit la lumière naturelle d'une manière qu'aucun flash artificiel ne peut reproduire. Photographiez en RAW si vous le pouvez : les chaudes teintes ambrées de la lumière d'après-midi dans le roman en tuf exigent une gestion manuelle de la balance des blancs.

Un détail que presque personne ne remarque : Mantegna évoqua la rosace de la façade de l'église en reprenant son dessin derrière l'auréole de la Madone. Cherchez ce cercle dans le panneau central, puis sortez et regardez la façade. C'est la même géométrie. Ce détail ne peut pas être reproduit dans un livre : on ne le comprend qu'en étant là, à l'intérieur et à l'extérieur.

Infos pratiques : horaires, billets et comment rejoindre San Zeno

Horaires été 2026 (1 mars – 31 octobre) : du lundi au vendredi de 9h00 à 18h30, le samedi de 9h00 à 18h00, les dimanches et jours fériés de 13h00 à 18h30. L'entrée est autorisée jusqu'à 15 minutes avant la fermeture.

Billets : l'entrée à l'église seule coûte 4 euros (tarif réduit 3 euros), tandis que le billet combiné pour les quatre églises historiques de Vérone — San Zeno, le Duomo, Santa Anastasia et San Fermo — coûte 8 euros (tarif réduit 7 euros). Avec la VeronaCard, l'accès aux principaux musées, monuments et églises de la ville est gratuit ou à tarif réduit ; disponible en deux versions : 27,00 € valable 24 heures et 32,00 € valable 48 heures.

Comment y accéder : le quartier de San Zeno se trouve à environ 900 mètres à pied de Piazza Bra, cœur du centre historique avec la majestueuse Arena — une promenade d'environ dix minutes le long de l'Adige, avec Castelvecchio sur le chemin. En alternative, les lignes de bus 32 et 33 d'ATV relient le centre au quartier de San Zeno.

Conseil local : en été, la basilique se vide après 17h00. Les groupes organisés partent, les pèlerins font un tour et s'en vont. Cette dernière demi-heure avant la fermeture est le moment le plus silencieux de toute la journée. On se retrouve devant le triptyque presque seul, avec la lumière qui glisse en rasant sur les panneaux. C'est ainsi que Mantegna aurait voulu qu'on le regarde.

Si vous avez prévu la visite à San Zeno dans l'après-midi et que vous cherchez où dormir près de l'Arena ou du Teatro Ristori, les appartements de The Verona Stay sont à quelques minutes à pied de l'Adige : vous rentrez à pied de San Zeno, Castelvecchio sur votre droite, et vous êtes déjà chez vous.

Disponibilité et réservations

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